Pension Complète

Consigne d’écriture:

Pensez à un logement INCROYABLE que vous avez occupé dans notre chère (dans tous les sens du terme) capitale… Ca peut être positif ou négatif, bien entendu… Décrivez-le précisément, racontez comment vous avez atterri là, comment l’envie d’y rester ou de décamper fissa vous est venue, ce que vous en avez retiré comme expérience, ce que ça a apporté à votre vie, à vos envies… Bref, un texte en « Je » de votre meilleur tonneau. 🙂 Et si vous n’avez vécu que dans des endroits classiquemment banaux ou banalement classiques ; il vous reste à imaginer ce logement incroyable !

Cela résonne dans ma chambre. D’un réflexe si quotidien, j’obéis au son et réponds. L’un de mes acteurs part au Japon et désire me confier la garde et les clés de son appartement. J’accepte. A Lyon la Demeure du Chaos vient de naitre. J’anticipe sans savoir.

Cette maison de maître, sise dans un quartier discret et bourgeois, près du parc de Forest est simple et de bon goût. Il vivait presque au rez-de-chaussée. Un demi-étage, où trois pièces s’enfilaient, libertines, vers une petite cuisine et salle de bain donnant sur un minuscule jardin. Bien sur on s’y introduisait de la plus délicieuse façon, le milieu. C’est à dire le salon, flanqué à droite d’une chambre aux éternels volets clos d’où filtraient des rasoirs de soleil et à gauche d’une salle à manger avec fenêtre sur cour.

Que dire de ma première impression ? Imaginez un endroit décoré par un travesti exhibitionniste sortant du bordel le plus sordide d’Hiroshima peu avant la bombe ; on le retrouverait une semaine plus tard, rendant hommage aux victimes, chantant des psaumes tout en urinant dans le bénitier de la Chapelle Sixtine. Vous situez ? Non ? Un artiste pop psychédélique sous psychotropes qui sodomiserait Mickey au lance-flamme pour repeindre ses murs en technicolor ne serait pas une caricature. Imaginez plutôt le pire et ça ne suffira pas. Un boudoir où tueurs en série mystiques et révolutionnaires anarchistes, assis sur des chiens crevés, se feraient un cassoulet, enchifrenés de cuir et de tricots d’angora. Vous commencez à saisir et moi, perdue, je pénètre les lieux.

– Ca te choque ? Viens dans mon salon. Tu aimes le speed ? J’ai de l’amélioré. Y’a du Mezcal au frais aussi. Installe toi là.
Du jazz industriel rythme les murs.
– Cette chaise électrique n’est pas branchée, t’inquiète.
– Et ça ?
– Les os sur les fauteuils ? Devine !
– Je sais pas dire… les lames de disqueuse au dessus, c’est sur ?
– Les auréoles? Si tu as envie de te faire mal, fais toi plaisir.
Je n’arrive pas à cacher mes regards sur les étagères.
Il les voit et réagit sec comme une trique
– Tu as le droit de jouer avec les plugs et tout les godes, il y des préservatifs à disposition, c’est plus simple pour nettoyer nettoyer. Pour les pinces à sein, les cravaches et les cordes, il y en a dans toutes les armoires de la maison mais je les préfère dans les vitrines médicales si tu veux bien.
C’est tentant, très tentant. J’espère que ça plaira à Elin. Je révasse.
– Pour ma chambre. Ne relève jamais le volet, la fenêtre de rue ferme mal. Les couvertures sont dans l’armoire ici, il y a aussi des protections en latex si ta copine et toi aimez les pluies dorées.
Je ne comprends rien à ce qu’il me raconte. Je suis fasciné par les sculptures de l’armoire. Enchevêtrement de drapés presqu’abstraits et de corps cambrés en extases dégueulasses.
– Jolie hein ?!
– Heu quoi ?
– L’armoire ! Elle me vient de mon arrière grand-mère mais je l’ai resculptée, je préfère les gargouilles aux petits oiseaux.
– Ah, t’es doué c’est sur.
– Mon père était tailleur de pierre au cimetière du village. On en a fait des anges et des démons. Je ne sais pas quoi dire alors je demande bêtement.
– Je peux dormir dans ton lit ?
– Tu peux dormir où tu veux. Bon je te cache pas que le sommier est vieux et grince mais rebondit très bien.
– On dirait un truc d’hopital…
– Ben ouais, ma mère était infirmière, on a récupéré des meubles quand la clinique a du être fermée.
– C’est pas très joyeux.
– C’est très pratique les barreaux tu sais. Ta copine va adorer.
Dormir de nouveaux entre des barreaux ne m’emballe pas trop mais je me tais.
– Et pour le bruit, t’inquiètes pas, la locataire du dessus est âgée et sourde comme un pot ou elle est morte, me dit-il d’un sourire narquois.
-Allez viens, attention te cognes pas au museau du cerf ! La salle à manger, a part bien éteindre les cierges, qu’ils coulent sur le bois c’est normal mais n’en faite pas un brasier tout les deux ou vous finirez en petites sorcières. Pour la cuisine, même chose, pensez à fermer l’arrivée du gaz. Il y a des surgelés et des légumes pour deux semaines. Pas de viandes chez moi par contre, ici on est bio et végétarien. La petite porte mène au jardin, arrosez le tout les deux jours, mes mousses japonaises et mon érable sont fragiles. Vous pouvez y aller nues, les voisins sont blasés. Pour le reste, vous êtes chez vous, mais je veux tout en état pristin. Voici les clés. Sayonara.

Et voilà comment je me retrouve dans le paradis du vice, l’enfer du bonheur. Abasourdi et débordant de curiosité. Je pose mon sac militaire. J’appelle ma jeune fille au pair suédoise, en lui disant de ramener ses fesses au plus vite. Elle finit ses valises et dit adieu aux enfants. Je ne l’attends pas avant le début de la soirée. A tout prendre je me dévêts, goutes au Speed Mezcal, autant se mettre dans l’ambiance pour explorer cette caverne étrange. Putain c’est du bon. J’hallucine, le décor se courbe. Des murs, les crânes d’animaux tendent leurs cornes vers moi, autant de sexes aussi durs que le mien qui me narguent et m’effraient. Les masques balinais roulent des yeux ensorcelés qui s’agrandissent en fractales tourbillonnantes tandis que ceux d’Afrique entonnent un chant étrange. Il est pas amélioré son foutu Speed, il est coupé au LSD ou pire. Sur la cheminée, un buste du Christ, bombé d’argent ricane sous ses cornes de plastique rose et ses cheveux vert atomique.

Elin ondule des hanches, le dos sur ma poitrine. Ma main parcoure distraitement la courbe de son corps, qui du talon à sa nuque, m’englobe sous la ferme moiteur de son cul. On est complétement larguées toutes les deux. Deux semaines qu’on dérive entre film de zombies philippins, nouvelle vague et pizzas froides. Là, je nage au milieu des entrailles de petites écolières éventrées. Les couleurs saturées font chanter leurs comptines de plus belles. Elles sont là au dessus du lit, rigolardes dans leur tableau, parées des boas de leurs tripes, jouant du sabre rituel pour leur suicide sensuel. Hara-Kiri School Girls pour seule notice. Je m’endors près de ma blonde douceur scandinave, déjà fan des sévices d’asie.

De petites caresses de langues appuient juste derrière l’oreille, Elin me dit son désir et son réveil. Elle m’a entravée. J’ai les mains fixées au lit, la douce canaille me flanque une claque. Je hoquète. Juste le temps nécessaire pour me mettre une boule entre les lèvres et l’attacher. Une barre est fixée entre mes jambes, et reliée au cadran, impossible de bouger. Je la vois sortir le scalpel, et sens une fleur rouge naitre dans mon dos. On décide de s’aérer et de profiter du soleil. La gare du midi n’est pas loin, nous irons souiller les dunes près d’Oostende. Et nous cultiver. Je prends Le Serpent Cosmique, un livre anthropologique sur l’adn et les drogues hallucinogènes d’Amazonie, Elin choisit un roman skinhead d’avant-garde, Slow Death. Le frigobox est blindé de glaçons et de champagne. C’est bon on peut savourer la chaleur du vent sur la pointe de nos seins percés. Bientôt elle repartira à Uppsala, étudier au nord de Stockholm. Bientôt je serai seul dans cet antre. Là je l’embrasse quand elle sort des flots, sans un mot. Elle rayonne ma Vénus garçonne.

Il est tant de retourner explorer encore le cadavre de notre relation. Il y a justement une romance nécrophile dans le lecteur dvd. Un film allemand cette fois, Nekromantik. Ca nous change de notre cycle Jarmusch et du dernier en date, Dead Man.

Je passerai encore quelque fois dans cet appartement, notamment avec une suissesse qui partagera ma vie deux ans durant, pour finir dans le lit de ce vicelard d’amant. Un an de plan à trois et elle fait son choix. Moi je n’ai jamais revu l’endroit. Je n’en garde qu’un prie-dieu, qu’il m’a offert d’un humour acide.

J’ai habité dans ce qui me hante désormais.

Encore une chose, le nom de ce foutu shaman frelaté aurait du m’alerter. Il signe encore mes petites morts, tatoué sur son ventre, d’épaisses majuscules gothiques : NAPALM.

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