L’espace entre nous

 Ici mon idée de l’espace intime, des fluctuations corporelles et habitat de soi via le sexe en distanciation. Un texte écrit pour une table ronde unissant les rapports entre architecture, espace, performance et queer lors du projet fluctu.

J’aime regarder avec distance.

Durant ces trois jours qui séparèrent notre première rencontre de cette soirée étrange, ton désir transparaissait déjà au téléphone.

J’en doutais pourtant.

Comment étayais-tu tes attirances à la mesure de ton être ?

T’enfermais-tu dans la volonté de devenir homme ou étais tu comme moi dans le mouvement du déséquilibre qui me construit depuis ma plus tendre enfance ?

Je t’observe calmement assis dans ce fauteuil.
Tu déambules, tournes, philosophes, te rapproches de moi.

J’attends que tu bascules et t’amène près de moi
en répondant à la spontanéité de ton regard et ta soudaine mais prévue envie de moi.

T’ordonne de te lever, de venir nu dans mes bras.

Je veux voir ce corps qui mute, t’entendre douter aussi d’une transition irrémédiable.

Et tu recules, le sourire défiant tout en me dénudant.

Nous sommes là,  jaugeant nos corps.

Toi, le mien aux barres d’acier intimes, encré et lacéré de symboles.

Et je t’attire maintenant vers moi pour sentir ta poitrine disparaître dans la mienne,
la faire mienne pour te construire un corps d’éphèbe.

Et l’effleurer.

Tu dévies encore.

Sentir tes ongles alors, grimper, cartographier ce que tu désires être.

Je ne sais toujours pas si tu voulais connaître ce physique pour les sensations qu’il pourrait te donner ou par jalousie.

Moi je jalouse le tien et te repousses également.

T’entraîne alors dans l’espace intime de ta chambre.

Où il n’y aura pas de baisers ou à peine.

Pas de désirs réels ni simulation de désir.

Il n’y a que deux corps étrangers qui détruiront l’identification des schémas pour la nuit.

Il y aura là, la tendresse avide de deux femmes et ta mécanique pénétration de mon être.

La douleur sensuelle de ta poigne qui découvre la domination mais qui ne me suffira pas.

Tu m’aveugles de plus belle la tête dans l’oreiller.

Tu veux me faire ressentir ce qu’est être assise nue et offerte dans le noir.

C’est pourtant mon ordinaire et tu le sais.

Il y a peu de mots qui vibrent entre nous, hormis, celui, rose de ce sextoy.

La curiosité est passée vite.

J’avais anticipé la situation mais je ne connaissais pas la forme de ta danse ni son heure ni sa durée.

Ce n’était même plus une transgression, une affirmation plutôt.

Goûter à être vraiment au-delà de tout, pas marginaux.

Et se regarder ensuite en sachant que ce jeu ne se reproduira pas,
sans avoir besoin de se le dire.

Demain nous détruirons la scène, le carnaval sera terminé.

Pour l’heure le poursuivre quand même.

Simuler le couple et se rappeler que l’on s’offre, mal foutues comme nous sommes, bardées d’indigences et d’exigences.

Bientôt, j’irai rejoindre mes distances tant réconfortantes, comme toujours.

La vraie moi, elle, est au coffre.

Infoutue, non enculée.

Ma salope dorée.

Ma chérie.

Ma chienne de vie.

Et…

Je recommencerai à m’ouvrir  pour chaque fois redécorer mes espaces intimes
sans jamais vouloir les définir.

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